KEY.
WHAT'S YOUR MENTAL DISORDER ? On certain nights, the moon turns our lawn into green acrylic where we sip Syrah and mint tea until all we know is the sound of our breathing among the whispering leaves


123ยป

« she only love in the worse way »


Les draps arrachés du lit sont répandus à travers la pièce. Une silhouette étendue à même le sol, une faible respiration soulevant son corps par intervalles irréguliers. Entre ses doigts graciles se consume une cigarette dont la cendre tombe sans élégance sur le parquet ciré. De la rue parviennent des cris enjoués et des effluves d’asphalte brulé par le soleil d’été, charriés à travers la fenêtre ouverte dans la chambre ravagée. Le noir de son maquillage lui macule les joues. Un sourire tangible éclaire son visage épuisé. Sky se redresse lentement, ses muscles hurlant de protestation. Le mégot qu’elle tient encore a cessé de fumer. La nicotine lui emplit les poumons, le poison s’insinue sournoisement dans son cerveau déjà toxique. Un bruit d’eau qui s’écoule lui parvient enfin. La jeune femme rassemble sa chevelure blonde sur son épaule, jouant négligemment avec les boucles rebelles. Ses yeux gris tombent sur la porte de la salle de bain entrouverte. Le bruissement d’un corps sous la pomme de douche. Elle sent jusque dans ses os la présence indésirable. Ses lèvres retombent lentement. Sa main perdue dans ses mèches s’échoue sur sa cuisse nue. Le lit éventré derrière elle craque brusquement, gémissant plaintivement du sort qu’est le sien, et la jeune femme en tremble avec tant de violence qu’elle se met à rire, son échine secouée des spasmes d’une folie passagère.

Un homme apparaît dans l’encadrement de la porte. Ses prunelles vertes détaillent le corps brisé au sol, les courbes trop minces de son amante. Il aperçoit les griffures et les bleus qui parsèment sa peau. Loin de reculer en l’apercevant, Sky se met debout en tanguant sur ses jambes. Il n’esquisse pas le moindre geste pour la rattraper lorsqu’elle titube dans sa direction, manquant de retourner embrasser le sol. Le gris et l’opale se croisent. Elle sourit de ce rictus qui remue tout dans ses entrailles. Kieran s’écarte d’un pas pour la laisser passer, grognant à peine lorsque la main frêle s’infiltre dans le creux de ses reins pour tirer sur la serviette beige nouée autour de sa taille. Nu, il s’avance dans la pièce et ramasse le paquet de cigarettes errant sur les lattes du plancher. Sky fume trop après l’amour. Il glisse un bâton de poison entre ses lèvres boudeuses. Il fume trop lorsqu’il est avec cette créature mutilée. Elle expose le pire de lui. Ignorant toute pudeur, l’américain sort sur le balcon de l’hôtel pour tirer une première latte sous les rayons du soleil cruel. Sa peau rougit aussitôt. Quelque part dans son dos, il entend l’eau qui se remet à couler pour retirer toute trace de souillure sur le corps de la petite anglaise. Il faudra plus qu’un peu de savon pour rendre sa dignité à Sky. Un portable vibre sur la table de chevet où git une lampe de mauvais gout, l’ampoule explosée en morceaux de verre tâchés d’un liquide rouge qui n’appartient pas au jeune homme. Il jette un coup d’œil sur le numéro qui s’affiche. Après un coup d’œil vide vers la salle de bain où tente de se réparer sa compagne de la nuit, il décroche et sa voix rauque déchire à la fois l’interlocuteur et la blonde à quelques mètres de lui.

L’odeur du café emplit les narines de Sky lorsqu’elle sort enfin de sa douche, la serviette autour de sa tête pour sécher convenablement sa tignasse réticente. Assis sur le lit, son jean lui enserrant la taille, Kieran observe la poitrine à peine développée, les hanches étroites. Ce n’est pas son corps qu’il aime avec déraison. Elle lui jette un coup d’œil interrogateur en se glissant dans son short. Il accroche ces yeux béants, la multitude d’horreurs promises. Il aime Sky pour sa folie, pour ses blessures, celles qu’elle lui laisse et celles qu’il peut lui faire. Elle tend la main, impérieuse. Sans un mot, il lui confie une tasse bien trop grande pour ses mains tremblantes. Elle s’installe, poitrine nue et jambes repliées contre son torse, sur un coin du lit, contre le mur. L’image d’un animal effarouché se rétractant au fond de sa cage, loin de ses bourreaux, frappe Kieran. Il sent les yeux gris le scruter avec méfiance. Elle a entendu le téléphone sonner. Sa voix glaciale jure avec sa silhouette peu imposante. Les quelques lettres de son prénom. Il ne se lasse pas de l’entendre répéter ce mot vide de sens qui le désigne. « Kieran. » Elle discerne un sourire sur le visage marqué par le soleil. La rage lui tord les entrailles, le café brulant se répand en une explosion de plastique sur le sol, à leurs pieds. Un soupire lui échappe. « Merde. » Il se redresse, dissimulant l’éclat amusé dans ses yeux couleur marais. La haine explose dans les veines britanniques. Elle hurle, se jette sur son dos, se débat lorsqu’il la plaque au matelas. Elle ferme les yeux, laissant échapper quelques larmes. « Je te refais du café. » Ce n’est pas de breuvage noir qu’à besoin la jeune femme. Ni de cigarette, de lui, du soleil de Chicago. Sky a besoin d’avoir mal. Elle attrape vivement un éclat de tasse et le presse contre son poignet. Kieran la fixe sans ciller. La petite frimousse sur le lit le défie du regard, sa mâchoire se contracte. L’homme sourit, passant une main dans ses mèches ailes de corbeau. « Tu ne bluffes pas Sky. Je sais. C’est juste que je m’en fous. » Les larmes coulent sur la peau blanche. Ses doigts tremblant relâchent l’embout coupant avant qu’il n’ait pénétré sa chair. Son amant hausse les épaules. Les marques derrière les genoux  et à l’intérieur des bras de celle qui partage sa couche ne lui sont pas étrangères. Il attrape une nouvelle tasse sur un plateau argenté et verse le contenu d’une cafetière fumante à l’intérieur.

Les lèvres de Sky ont gout de  café, de cigarette et de larmes. Pressées contre celles de Kieran, elles frémissent d’une colère à peine contenue. L’américain s’écarte en un battement de cœur et le manque déchire celui de la jeune femme. La combustion du monde entre leurs doigts liés.